René Ménil

Littérature, Martinique

René Ménil (1907-2004). Philosophe et essayiste martiniquais. Il est avec Aimé Césaire, Frantz Fanon et Edouard Glissant un des plus grands penseurs martiniquais.

Il naît en 1907 au Gros Morne, en Martinique.

Il fait ses études en France métropolitaine où il côtoie les écrivains surréalistes. Il est également très proche du PCF, qui le forme à l’idéologie marxiste. C’est un des intellectuels qui, au contact des mouvements de décolonisation et formés à l'idéologie marxiste, entreprennent de sortir la pensée antillaise de l'assimilation vers l'autonomie.

Une fois finies ses études, il rentre au pays et devient, comme Aimé Césaire, professeur de philosophie au lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France.

Il collabore à la Revue du Monde Noir -éditée à Paris à l’initiative de Paulette et Andrée Nardal, Martiniquaises, et du Dr. Sajous, médecin d’origine haitienne- qui parait du mois de novembre 1931 au mois d’avril 1932. D’éminents intellectuels, venus des divers horizons de la diaspora noire y prêtèrent leur concours : les uns étaient originaires des États-Unis ou d’Afrique, les autres, des Antilles-Guyane ou d’Haiti. L’ambition qui animait cette revue était celle de susciter l’éclosion d’une sensibilité artistique et littéraire nouvelle, plus conforme au génie de la race. Mais la question raciale demeurait dissociée de la question politique. La tension entre conscience de race et conscience de classe, entre négritude et marxisme, n’était pas encore évidente.

C’est à une autre revue, Légitime Défense (1932) –dont Ménil est l’un des trois principaux rédacteurs- qu’il revient d’introduire la question de la nécessaire conciliation des principes qui régissaient la théorie de la différence de race et celle de la différence de classe. Publié à Paris, l’unique numéro de Légitime Défense exprime à travers ses textes une révolte absolue. Une entreprise de subversion idéologique s’engageait, à la fois philosophique, littéraire et politique sous le patronage de Hegel, Marx et Freud, d’une part, de Sade, de Rimbaud et de Lautréamont, d’autre part. C’est un texte brulant, frénétique, où ils clament un non magistral à l’aliénation culturelle et à la francisation dont les élites de couleur s’érigent en relais. Ce texte prépare l’avènement de la négritude.

Entre 1941 et 1945 René Ménil s’engage aux côtés d’Aimé Césaire, Suzanne Césaire, Aristide Maugée et Georges Gratiant dans la publication d’une autre revue, Tropiques : de 60 à 80 pages in 8º qui marquent une étape importante dans l’élaboration de la démarche anthropologique antillaise. Tropiques, a dit Ménil, tendait à exprimer « l’intensité, la démesure et la disparate de la vie. » Le sentiment de la vie, son questionnement sont une préoccupation constante dans les textes de cet auteur.

Dans une veine littéraire classique et soutenue, Tropiques fustige clairement la colonisation, l'assimilation et le nationalisme français. La revue est interdite deux années plus tard.

Après la guerre, Aimé Césaire, son compagnon de route, fonde le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) mais, lui, restera fidèle au Parti communiste. Par la suite, Ménil va rompre sa collaboration avec Césaire et il va critiquer fortement le mouvement de la Négritude, qu’il devait appeler, avec quelque sévérité, « une philosophie pour nègres ».

En 1946, la Martinique devient département français et une partie des intellectuels de l’île s’intéressent de plus en plus aux mouvements internationaux de décolonisation. René Ménil reste fidèle à son parcours politique et publie Tracées, qui, plus tard, devait devenir Les Antilles déjà jadis, un ouvrage de référence.

Dans tous ses écrits, René Ménil a proposé à ses lecteurs une vision toujours critique de la société dans laquelle il vivait et de la littérature contemporaine. Il n’a cessé durant toute sa vie de plaider pour une véritable littérature antillaise et de chercher à définir l'identité martiniquaise. En effet, il fut l'un des premiers penseurs à donner une définition de la culture antillaise et à indiquer les voies de son émergence.

Les 21 et 22 septembre 1957, René Ménil, Georges Gratiant, Léopold Bissol et Victor Lamon fondent le Parti communiste martiniquais. Le PCM aura comme mot d'ordre l'autonomie pour la Martinique. René Ménil et le PCM considèrent que, malgré la transformation de la Martinique en département d'outre-mer, sa situation économique et sociale n'a guère évoluée et préconisent pour elle une évolution statutaire. Mais il faudrait selon René Ménil préparer le peuple martiniquais à accepter ce changement en accélérant la prise de conscience nationale.

Le 14 février 1960, le PCM adopte un nouveau projet de statut pour la Martinique en proposant un territoire autonome fédéré à la République française. Les pouvoirs du territoire seraient exercés par une Assemblée législative et par un Conseil de Gouvernement. René Ménil sera l'un des inspirateurs de ce projet de statut pour la Martinique.

De 1963 à 1981, René Ménil dirige la revue trimestrielle Action qui présentait des études approfondies sur la politique, l'économie, les problèmes de société, la culture et le mouvement révolutionnaire mondial.

En 1999, il reçoit le Prix Franz Fanon pour son essai "Antilles déjà jadis".

René Ménil meurt le 29 août 2004 à 97 ans.

Bibliographie

Bibliographie active

1932: Légitime défense, réédité en 1979 par Jean Michel Place, Paris.

1981 : Tracées : identité, négritude, esthétique aux Antilles, éditions Robert Laffont.

1999 Antilles déjà jadis, (PRÉCÉDÉ DE Tracées), Paris, Jean Michel Place.

Articles

Généralités sur « l’écrivain » de couleur antillais, in revue Légitime Défense, 1932.

Avec A. Césaire(Aimé) Introduction au numéro spécial de Tropiques : Le Folklore martiniquais, nº 4, janvier 1942. Sur l’exotisme colonial in revue La Nouvelle Critique, mai 1959.

La Négritude : une doctrine réactionnaire in Action, 1963.

Le Roman antillais. Le style, in revue Action, Fort-de-France, 1965. Repris un Tracées, Paris, Robert Laffont, 1981.

René Ménil est l'auteur de nombreux articles politiques dans le journal Justice, organe du Parti communiste martiniquais, ainsi que dans la revue Action qu'il dirigea.

Bibliographie passive

Chamoiseau, Patrick et Confiant, Raphaël, Lettres créoles, tracées antillaises et continentales de la littérature, 1655-1975, Hatier, Paris, 1991.

Guy Cabort-Masson, Guy, Martinique : comportements et mentalités, Saint-Joseph, La Voix du Peuple, 1998.

Malela, Buata B., Les écrivains afro-antillais à Paris (1920-1960): stratégies et postures identitaires, Paris, Karthala, coll. Lettres du Sud, 2008.

Nicolas, Armand, Histoire de la Martinique. Tome 3, Paris, L'Harmattan, 1998, 309 p.

Sézille-Ménil, Geneviève, Pour l'émancipation et l'identité du peuple martiniquais, de René Ménil, 2008, L'Harmattan.