Suzanne Dracius

Littérature, Histoire, Martinique

Suzanne Dracius (1951). Ecrivaine martiniquaise, passionnée par son île natale et sa culture, elle reflète dans ses œuvres les traits de caractère de sa particulière existence entre Martinique et la France, entre les classiques gréco-romains et les classiques français, entre la créolité, la créolisation et la francophonie des terres du Sud.

Elle est née le 21 août 1951 aux Terres-Sainville, quartier sorti des terres inondées de Fort de France pour loger les rescapés de l’éruption du volcan de la Montagne Pelée en 1902. Suzanne Dracius voit dans les coordonnés spatiales et temporelles de sa naissance dans ce quartier populaire, dont les rues rappellent les acteurs de la Révolution française et du Siècle des Lumières, en pleine saison cyclonique et à l’heure où le soleil passe par le zénith, à midi, dans sa propre maison familiale et non à l’hôpital, assisté par un parrain déçu pour cause de son sexe « inadéquat », pour ne pas dire « maudit » “un lot de symboles”. Symboles qui traverseront tous son œuvre romanesque et poétique, son engagement culturel et politique.

Elle a passé son enfance dans son île natale entre ses Terres-Sainville natales et les hauteurs de Balata, en Martinique, et l’Ile-de-France, en région parisienne dans l’élégant quartier de Sceaux. Elle dira en relation à cette période de sa vie que « Mes souvenirs d’enfance se muèrent en souvenirs d’En France ».

Elle fréquente d’abord, dès deux ans l’école de "la rue Perrinon" au centre ville de Fort-de-France car elle réclamait d’apprendre à lire de toute urgence — activité qui lui paraissait magique comme quimbois et vaudou — et ensuite, à quatre ans, à l’école Sainte Jeanne d’Arc à Sceaux.

Après des études de lettres classiques (français, latin, grec) agrégée de lettres classiques, elle entre dans l’enseignement dans des lycées de la banlieue parisienne, puis à Paris, au lycée Marie-Curie et ensuite à la Sorbonne, à Paris IV,

De retour au pays natal, elle intègre l’Université des Antilles et de la Guyane, avec son mari, Pierre Pinalie. Celui-ci est un enseignant d’espagnol qui s’est vite converti au créole et à la créolité. Il travaillera avec Jean Bernabé et Raphael Confiant dans les travaux de recherche sur la langue créole et sur la culture martiniquaise, jusqu’à son décès en 2009.

Cette expérience d’enseignement en Martinique qui la rapproche de la jeunesse de l’île, lui fait approfondir son expérience littéraire et sans abandonner ses classiques latins et grecs, la plonge dans la lecture des auteurs martiniquais renouvelant de nouveau en elle l’ambiance double de la société martiniquaise marquée par l’assimilation et l’esprit de renouveau de la créolisation vis-à-vis de sa jeunesse parisienne. Elle peut revivre, mais à l’envers, ce tiraillement intérieur que ressentent les Martiniquais lorsqu’ils vivent quelque temps dans la « Métropole », et dans son cas, à Sceaux, une singulière banlieue chic où les maisons sont des châteaux, et où les jardins sont des parcs.

Son expérience s’approfondit lorsqu’elle est invitée aux États-Unis à l’Université de Georgia (1995) et à Ohio University (2006) en tant que "visiting professor”. Elle côtoie alors les afro-étasuniens, leur culture, leur mode de vie, le contact avec les étudiants, ce qui lui permet d’expérimenter une autre négritude, une autre expérience des relations homme-femme, mais surtout d’observer les relations entre la société noire nord-américaine et la société blanche.

Cette écrivaine martiniquaise s’affirme elle aussi un écrivain du Sud et une auteure francophone puisque pour elle l’écriture n’a pas de patrie ni de genre. Mais elle cultive sa "féminitude" de calazaza (terme racial martiniquais désignant un phénotype particulier : clair de peau, taches de rousseur, cheveux blondins ou presque roux) "contre vents et marées du racisme, du sexisme et autres ostracismes", préférant "les isthmes aux -ismes et les passerelles aux murs".

Déclarant « écrire au féminin pluriel », exaltant le métissage et le marronnage littéraire, dans l’interrogation d’une France multiethnique de toutes les solitudes, face aux stigmates du racisme « Il faut passer outre », affirme Suzanne Dracius, outre le quolibet. Lors d’une intervention publique dans un salon du livre en France elle conclura : « Césaire, Glissant et Fanon n’ont rien abordé d’autre que la condition humaine ». Mulâtresse « kalazaza », Suzanne Dracius revendique ses ancêtres Africains, Européens, Caraïbes, Indiens, et son aïeule Chinoise.

Cette romancière et poétesse martiniquaise a coordonné pour les éditions Desnel un ouvrage consacré aux plumes rebelles des Antilles et de la Guyane qui constitue un contre-pied de l'anthologie officielle éditée pour le commissariat de l'année des Outremers. Cet ouvrage n'est ni une compilation ni une anthologie de la poésie créole. C'est une sorte de porte ouverte sur 25 ou 26 auteurs, une bonne manière de découvrir, de rentrer dans la littérature des Antilles.

Lors du Festival Voix Vives de la poésie de la Méditerranée de 2011, à Sète, elle réaffirme son regard au ‘féminin pluriel’ avec ses ‘complices’ les auteures du Sud, Lamia Makkadam, tunisienne et Lamis Saïdi, algérienne, abordent la thématique « De Fanon au printemps arabe, mais au féminin pluriel ».

Révélée en 1989 par L’autre qui danse, un roman finaliste du Prix du Premier Roman, Suzanne Dracius est une plume à la sensualité volcanique. Frédéric Mitterrand, Ministre français de la Culture, s’exprimant lors du Salon du livre de Nancy en septembre 2011 la mentionne comme une des "grandes figures des lettres antillaises"

Auteur de romans, de nouvelles, d’un "fabulodrame", Lumina Sophie dite Surprise, elle est coordinatrice d’anthologies d’inédits, dont Hurricane, cris d’Insulaires, Prix Fètkann Mémoire du Sud/mémoire de l’humanité.

Publiées en Europe et aux États-Unis, ses œuvres sont étudiées en Europe, aux États-Unis, au Canada et en Afrique et traduites en italien, anglais, espagnol, néerlandais, roumain, allemand, malgache etc.,

Son écriture était très appréciée d’Aimé Césaire — qui écrivit en dédicace à sa mère : "À Elmire Dracius que la Martinique remercie entre autres choses d’avoir mis au jour la poésie, la vraie : Suzanne ! Merci !".

Son romanRue Monte au ciel fut signalé comme Coup de Cœur par la FNAC en 2003. Lumina Sophie dite Surprise, un "fabulodrame", sorti en 2005, a reçu la Médaille d’Honneur de Schœlcher pour la Journée de la Femme.

Les poèmes Exquise déréliction métisse reçurent le Prix Fetkann, en 2008 et son anthologie d’inédits, Hurricane, cris d’Insulaires reçut le Prix Fètkann Mémoire du Sud/mémoire de l’humanité, en 2005 et en 2010, pour couronner sa valeur littéraire, Suzanne Dracius reçut le Prix de la Société des Poètes Français pour l’ensemble de son œuvre.

Diverses associations de professeurs de littérature lui ont décerné des honneurs. Ainsi, elle a été désignée en 2009 Ambassadrice de Femmdoubout et membre d’honneur de l’association en 2009 ; Membre Honoraire de la Foreign Language Honor Society de l’Ohio University, U.S.A. en 2004 et Membre Honoraire de l’AATF (Association Américaine des Professeurs de Français) en 2003, seul écrivain martiniquais à avoir reçu cette distinction, après Aimé Césaire en 1976.

Bibliographie

Bibliographie active

L’autre qui danse, roman, Seghers, Paris, 1989 ; éditions du Rocher, Paris, 2007.

Rue Monte au ciel, Desnel, Fort-de-France, 2003.

Lumina Sophie dite Surprise, fabulodrame, Desnel, Fort-de-France, 2005.

Fables de La Fontaine avec adaptations créoles et sources antiques (illustrations de Choko), Desnel, 2006.

Exquise déréliction métisse, poésies, Desnel, Fort-de-France, 2008.

My Little Book of London / Mon petit livre de Londres (bilingue, en collaboration avec Samantha Barton - illustrations de Janko Floro), Desnel, 2008.

Ouvrages collectifs

"Negzagonal" et "Moun le Sid" (poèmes en version créole et version française), Éditions de Traditions et Parlers populaires de Wallonie-Bruxelles, MicRomania (collectif) n° 3, 1992 ; n° 5, 1993.

Habitation Anse Latouche, la Vallée des Papillons (avec Pierre Pinalie), éd. Hugues Hayot, Le Carbet, 1994.

« De sueur, de sucre et de sang », nouvelle, éditions Le Serpent à Plumes, Paris (collectif , n° 15), 1992, pp. 35-38 ; au format de poche : 1995, pp. 111-127.

"La Virago", nouvelle in Diversité : La nouvelle francophone, collectif, Houghton-Mifflin, Boston, USA, 1995.

"Montagne de feu", nouvelle (in Diversité : La nouvelle francophone, collectif, 2è édition), Houghton-Mifflin, Boston, USA, 2000.

Hurricane, cris d’Insulaires (Prix Fètkann Mémoire du Sud/mémoire de l’humanité) Desnel, Fort de France, 2005.

Prosopopées urbaines, Desnel, Fort de France, 2006, incluant des poèmes inédits de Suzanne Dracius pages 73 à 83.

La langue de Molière sauce chien, nouvelle in Les identités francophones, Anthologie didactique sous la direction d’Aurélien Boivin et de Bruno Dufour, éd. Les Publications Québec français, 2008.

DOM : Départements à part entière ou entièrement à part ? International Journal of Francophone Studies Volume 11 Numbers 1 and 2, edited by Adlai Murdoch (UIUC) and Jane Kuntz (UIUC), (pp.229-238), éd. Intellect Ltd., Bristol, UK, 2008.

Yé krik ! yé krak ! Bouladjel ! Contes et légendes autour de la mort et des rites funéraires aux Antilles antan lontan, Desnel, Fort de France, 2008.

Guadeloupe et Martinique en grève générale, Liyannaj kont pwofitasyon, Desnel, Fort-de-France, 2009.

La crise de l’outre-mer français avec J-F. Samlong et G. Théobald, L’Harmattan, Paris, 2009.

Pour Haïti, collectif en prose et poésie, éd. Desnel, Fort de France, 2010.

Plumes rebelles, Anthologie de l’Outre-mer français d’Amérique coordonnée par Suzanne Dracius. Collection Anamnésis - éd. Desnel, Fort de France, 2011.

"Chocolater son petit corps", VOIX DU MONDE Nouvelles francophones, éditées par Bénédicte BOISSERON et Frieda EKOTTO, Presses universitaires de Bordeaux, 2011.

Bibliographie Passive

Antoine, Régis, Rayonnants écrivains de la Caraïbe. Maisonneuve & Larose, Paris, 1998.

Argüello, Tatiana (Ohio University, USA), "La construction du corps féminin : Transgression et résistance dans Rue Monte au ciel", Métissages et marronnages dans l’œuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande). L’Harmattan, Paris 2009, p. 59.

Arthéron, Axel (Université Paris III – Sorbonne Nouvelle) « Dramaturgie, Histoire et conscience féminine : Lumina Sophie dite Surprise de Suzanne Dracius » , Dialogues francophones n°16, Timişoara : Editura Eurostampa, Université de l’Ouest de Timişoara, 2010, p. 337.

Arthéron, Axel, entretien avec Suzanne Dracius sur Lumina Sophie dite Surprise, « Le "carrefour " du théâtre pour se hisser au-dessus du magma de l’humaine marchandise », in Émergences caraïbe(s) : une création théâtrale archipélique, Paris : L’Harmattan/ Africultures n° 80-81, mai 2010, pp. 224 - 230.

Baibeche, Abderrahmane (Universidad de Puerto Rico),"Exquise déréliction métisse : l’œuvre, de la prose à la versification". Romanitas, Porto Rico 2009.

Baibeche, Abderrahmane, "Mimétique et représentations du vertical dans « Sa destinée rue Monte au Ciel » de Suzanne Dracius", Métissages et marronnages dans l’œuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande), L’Harmattan, Paris, 2009, p. 31.

_ Postface, Métissages et marronnages dans l’œuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande), Paris : L’Harmattan, 2009, p. 241.

_ « Ces mots-lierres qui montent », Romanitas, lenguas y literaturas romances. Romanitas, Puerto Rico 2009, vol. 3, núm. 2.

Boisseron, Bénédicte (University of Montana, USA), "Opposition métisse : Le marronnage au féminin dans Rue Monte au Ciel de Suzanne Dracius, Métissages et marronnages dans l’œuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande), L’Harmattan, Paris, 2009, p. 43.

Confiant, Raphaël, « Trois regards féminins sur la Martinique ». Fort-de-France : Antilla pp. 25-28, avril 1989. Edwards, Carole, "A la recherche du jardin de sa grand-mère : Suzanne Dracius est/et la modernité antillaise", Métissages et marronnages dans l’œuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande), L’Harmattan, 2009, Paris, p. 81.

Ferly, Odile (Clark University, USA), « The Fanonian Theory of Violence in Women’s Fiction from the Caribbean », in Convergences and Interferences : Newness in Intercultural Practices, ed. by Kathleen Gyssels and Isabelle Hoving, Rodopi, Amsterdam, 2001, pp. 107-119.

Gallagher, Mary (Oxford University, Grande-Bretagne), Soundings in French Caribbean Writing since 1950. The Shock of Space and Time pp. 213-214, Oxford University Press, 2002.

HELM, Yolande (Ohio University, USA), « Marronnage dans Rue Monte au Ciel de Suzanne Dracius », Images de soi dans les sociétés postcoloniales, Actes du colloque de l’Université des Antilles et de la Guyane, Collection Sciences sociales, éditions Le Manuscrit Université, Paris, 2006.

Hernandez, Teresita (DePauw University / University of North Carolina Wilmington, USA), « L’anéantissement du personnage féminin chez Suzanne Dracius-Pinalie ». Conseil International d’Etudes Francophones, Charleston, 1995.

Jurney Ramond, Florence "Rewriting Colonial History in Writings by Maryse Condé, Suzanne Dracius" in Representations of the Island of Caribbean Literature, Edwin Mellen Press , USA, 2009.

Lionnet, Françoise (UCLA, USA), Postcolonial Representations : Women, Literature, Identity. « Inscriptions of Exile : The Body’s Knowledge and the Mythe of Authenticity in Myriam Warner-Vieyra and Suzanne Dracius-Pinalie ». Cornell University Press, Ithaca, 1995, p. 87-100.

Murdoch, H. Adlai (University of Illinois at Urbana-Champaign, USA), Creole Identity in the French Caribbean Novel : « L’Autre qui danse : The Modalities and Multiplicities of Métissage ». University Press of Florida, Gainesville, 2001, p. 142-196.

Vete-Congolo, Hanétha, "Rehvana’s ’negritudism’ or Mat(h)ildana’s metissage-marronnage in Suzanne Dracius L’autre qui danse and ’L’âme soeur’ ". Postcolonial Text, Volume 3, N.1, 2007.

Vete-Congolo, Hanétha, "Vérification et validation de la Négritude dansL’autre qui danse et « L’âme soeur » de Suzanne Dracius" (Rue Monte au ciel)., p. 193 in [Negritude : Legacy and Present Relevance], Isabelle Constant & Kahiudi C. Mabana, Cambridge Scholars Publishing, 2009.

Vete-Congolo, Hanetha, "Sans confusion : les jeux de mots ou les maux du “je” poétisé dans la (con)fusion des langues. Esquisse de la poésie draciusienne", Métissages et marronnages dans l’oeuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande), Paris : L’Harmattan, 2009, p. 113.

Weltman, Brigitte (University of Florida, USA), "Identité rhizome chez Suzanne Dracius", Métissages et marronnages dans l’oeuvre de Suzanne Dracius, (collectif coordonné par HELM, Yolande), Paris : L’Harmattan, 2009, p. 189.